Co-gouvernance des données : les limites d’un exercice « vertueux »

Co-gouvernance
Il était une fois, dans un pays appelé Entreprise, deux peuples qui vivaient en presque parfaite harmonie : le peuple Métier et le peuple SI (comme Système d’Information), le premier s’occupant des fonctions opérationnelles du cœur de l’activité de l’entreprise, le deuxième assurant, historiquement, le support technologique.

Le temps passe et, comme souvent dans toute organisation humaine, les activités évoluent, se mélangent, se complexifient, et les limites de responsabilité des uns et des autres, bien définies au départ, se brouillent.

C’est alors que surgit, dans notre pays appelé Entreprise, la « découverte d’une ressource inestimable » (ou devrais-je dire « la prise de conscience de la valeur jusque-là négligée d’une ressource »), je veux parler de la DONNEE ou DATA. Et cela ne se fait pas sans soulever un certain nombre de questions.

En effet, dans sa forme brute et comme beaucoup de ressources brutes, la donnée est de qualité médiocre, difficile à exploiter, à appréhender. Le peuple SI, qui stocke cette ressource dans ses espaces de rétentions (appelés communément « bases de données »), a beau déployer tous les outils possibles de raffinage, de purification, la qualité n’est pas au rendez-vous, ou alors à des coûts prohibitifs, car c’est à la source qu’il faudrait travailler ! Il devient alors impossible d’en retirer toute la valeur pressentie.

Débute une longue négociation entre les deux peuples. Qui a découvert cette ressource ? A qui appartient-elle ? Qui en a la responsabilité ?

Le peuple SI cherche à convaincre le peuple Métier de son implication dans le processus de création de cette ressource. Ce peuple doit prendre conscience que c’est SA donnée, qu’il en est le garant et qu’il assumer ce rôle pour le bien de l’Entreprise !

Peu enclin à gérer cette nouvelle activité, le peuple Métier finit par entendre raison et à se sentir investi d’une véritable mission : la GOUVERNANCE de la Donnée.

Mais le peuple SI, qui est tout de même à l’origine de cette découverte, ne voulant pas être en reste, propose d’instaurer une co-gouvernance des données : le peuple Métier sera le garant de la donnée et de sa valeur, la définira et cadrera la stratégie d’entreprise vis-à-vis de cette ressource au travers d’une Politique de la Donnée. Le peuple SI mettra en œuvre les technologies qui permettront de garantir cette politique de la donnée et de répondre aux objectifs stratégiques de l’entreprise, tout en apportant son expertise sur les technologies émergentes de traitement de l’information.

(J’aurais aussi pu vous raconter une autre histoire où le peuple Métier est, dès le départ, conscient que la donnée lui appartient et qu’il en est responsable, mais s’oppose à la résistance du peuple SI, et doit le convaincre de lui ouvrir les portes de ses espaces de rétentions pour analyser la situation et mettre en place les mesures nécessaires… Mais c’est une toute autre histoire… avec, étonnamment, les mêmes conclusions !)

Tout pourrait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais les choses se corsent quand il est question de nommer un chef ! Qui sera le « chef de la donnée » ? Qui pilotera la manipulation et la transformation de cette donnée ? Le peuple métier qui connaît les données et leurs usages ? Ou bien le peuple SI qui connaît les outils et les technologies ?

Et c’est l’éternel recommencement (les crises ne sont pas que religieuses…). Les peuples ne se comprennent pas, s’opposent, se jugent et se déchirent (bon d’accord, là j’exagère un peu pour le sujet qui nous concerne).

Si je devais être la médiatrice du pays Entreprise, je rappellerais que, dans l’idéal, les responsabilités doivent être clairement séparées : le SI s’occupe des outils, le métier se charge des usages. La gouvernance des données concerne donc le SI essentiellement dans sa capacité à en assurer le support technologique. Mais comme aujourd’hui aucun « métier » n’a nativement l’approche transverse nécessaire, une bonne gouvernance des données passe par un parfait équilibre entre des acteurs métiers et des acteurs SI.

Néanmoins, comme dans toute structure (française, au moins), pour réussir et s’imposer il faut un seul et unique pilote. Un pilote proche du pouvoir, qui sait écouter et comprendre, ouvert et innovant et qui travaille pour le bien collectif de l’entreprise. Que ce pilote soit d’une origine ou d’une autre, je dirais « peu importe », à condition que ceux qui l’accompagnent dans la définition de la politique de la donnée, dans la connaissance du patrimoine DATA de l’entreprise, dans la sécurisation, le partage et le maintien en vie de ce patrimoine, soient mixtes et intégrés. Et je conseillerais fortement à ce pays de positionner ce pilote, quelque soit son origine, coté Métier dans une nouvelle structure transverse, voire dédiée.

J’espère que vous aurez apprécié le ton volontairement un peu naïf de cet article qui a pour finalité première de rappeler que l’on oublie trop souvent les fondamentaux, même (ou surtout) dans la gouvernance des données, quand il est question de Pouvoir.

Auteur : Delphine BARRAU

Une réflexion au sujet de « Co-gouvernance des données : les limites d’un exercice « vertueux » »

  1. Merci Delphine pour ce voyage au pays « Entreprise » à l’ère de la DATA et cette mise en scène sympathique des fondamentaux à ne pas oublier 😉
    Mais personne ne les oublie ! Enfin, dans mon pays ! Quoique … 😉

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